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Abdallah Khodja Bey Ben Smail (nov1804 - déc1806)

siege de qacentinaD’origine turque d'Alger, fut reçu avec intérêt et soulagement par tous en le voyant arriver à la tête d'une troupe importante de janissaires, spahis et cavaliers makhzen. Son diwan désigné, il fit appel au civisme de tous pour rétablir l'ordre et le calme.
Aux cheikhs de tribus, il demanda de faire rentrer, dans les délais les plus courts, l'impôt. Il leur recommanda de faire appel éventuellement à ses forces pour obliger les récalcitrants à l'obéissance, mais il n'eut pas à déployer ni à user de ses troupes.

En janvier 1805, Bel Ahrèche réapparut dans la région de Jijel ou les habitants le reçurent avec sympathie. Le bey s'y porta immédiatement à la tête de ses janissaires et spahis, Il sollicita du dey l'appui de la marine, qui lui dépêcha Rais Hamidou.

Bombardés par mer et par terre les insurgés demandèrent l'aman, mais les Jijéliens n'échappèrent pas à la répression et aux rapines de la soldatesque. Bel Ahrèche se retira dans les Babor d'où il se dirigea sur Sétif. La ville lui ferma ses portes. Il se retira alors dans les Bibans. Les Mokrani (1) chargés de le combattre, et aussi pour défendre leur fief, le poursuivirent à travers les dédales de ce massif, jouissant de l'appui des populations, Bel Ahrèche infligea aux goums mokrani de cuisantes défaites qui obligèrent le seigneur de la Médjana à n'assurer que la défense de son bordj.

(1) En 1559, Hassan Pacha beylerbey d'Alger eut à lutter contre le seigneur de la Kelâa des Beni~Abbas, Abdelaziz et qu'il ne put en venir à bout que l'année suivante (1560) grâce au concours de Belkadi, seigneur de Koukou.
Abdelaziz fut tué dans un dernier combat et remplacé par son frère Amokrane (d'où provient le nom de famille Mokrani) qui ne farda pas à étendre son autorité sur toute la région comprise entre Bejaia, Beni Mansour. M'sila, Sétif et Jijel, au centre de laquelle se trouve la plaine de Médians aux portes centrales des Biban.
En 1561, Hassan Pacha fit la paix avec Amokrane, et lui reconnut la souveraineté, sur la région, sous réserve du paiement d’un tribut, de la fourniture de bois nécessaire à la construction de navires au port de Bejaia.
Amokrane eut pour successeur son fils Nasser qui après une longue carrière succomba dans une embuscade tendue par des Turcs de Zemmoura avec lesquels Il était continuellement en brouille.
A Nasser succéda son frère Bekta qui poursuivit la politique familiale vis à vis des Turcs. Mais beaucoup Plus porte Vers la soufisme et la méditation il céda sa place à son fils. Il mourut à Bordj où un mausolée entoure encore sa tombe.

Ses succès lui valurent l'adhésion d'un grand nombre de partisans avec lesquels il assiégea Bejaïa en février 1806.

Toutes les troupes turques en stationnement à El Koll, Zemmoura, M'Sila, Bouira partirent au secours de la ville. Mokrani, à la tête de 4.000 hommes les rejoignit peu à près. La bataille fut sanglante pour les deux clans. Mais les janissaires mieux armés finirent par prendre le dessus dans la journée même. Bel Ahrèche se replia dans les montagnes des Beni Oughlis, puis dans le Djurjura où de nouveaux partisans le rejoignirent. Les combats reprirent autour de Bejaia. Une fois de plus le sort lui fut fatal alors que tout semblait pencher en sa faveur.

L'hostilité générale des populations vis à vis des Turcs et de leurs suppôts était trop forte pour que cette défaite locale altéra les ferments de la révolte. L'effervescence se propagea dans toute la province. Le bey dû partir lui même en campagne à la tête d'une importante mehalla. Il ne revint dans sa capitale qu'après 10 mois d'absence.

La situation de la Régence, par ailleurs, n'était guère brillante. En plus du marasme qui régnait à l'intérieur du pays, le dey avait à faire face aux difficultés extérieures. Il avait réclamé, à plusieurs reprises, et toujours sans résultat, le tribut que Tunis était dans l'usage de lui envoyer depuis 1714 : un navire chargé d'huile, essence de rose, chéchias, vêtements en soie. Hamouda Pacha bey de Tunis, Voyant le dey d'Alger aux prises avec les pires difficultés, encouragé par Hadj Mostefa Ingliz, ancien bey de Qacentina réfugié auprès de lui (2) crut pouvoir se soustraire à ces obligations.

(2) El Hadj Mostefa Ingliz Bey, destitué en 1803, à la suite de nombreuses plaintes motivées par l'inconduite de son fils Ali, au lieu de se retirer à La Mecque comme il l'avait promis, Préféra s’arrêter à Tunis où il trouva asile auprès de Hamouda Pacha. Poussé par l'ambition et le désir de se venger de ses anciens chefs, il conçut le projet de reprendre son ancien beylik, et il intrigua avec activité auprès de son hôte pour le déterminer à s'affranchir du tribut périodique envoyé à Alger et de profiter de cette rupture pour marcher sur Constantine. Il finit par captiver son esprit en le persuadant que ses relations avec les cheikhs de la province lui donnaient un immense ascendant sur les populations, prêtes à se soulever à son premier signal. C.L. Féraud – R.A., 1863. « Le voeu de Hussein Dey ». pp. 86 87.

Le dey chargea Abdallah Khodja Bey de l'opération punitive. Celui ci envahit le territoire tunisien en fin 1805. Mais il n'alla pas très loin. Il se contenta d'une razzia effectuée près de Kelaât Esnam, au delà des Ouled Yahia Ben Taleb, où il s'empara de nombreux troupeaux d'ovins et bovins. Le conflit latent avec la France lui dictait beaucoup plus de prudence dans l'utilisation de ses forces. En effet, à la même époque des difficultés s'étaient élevées entre Alger et Paris, toujours au sujet de l'activité des Raïs algériens qui se refusaient à épargner les navires génois et napolitains battant pavillon français, mais affrétés par des puissances ennemies. L'empereur Napoléon avait fait arrêté des ressortissants algériens résidant en France, et fait saisir leurs biens. Le dey riposta en confiant aux Anglais les Comptoirs de La Calle.

A la suite de négociations, on aboutit à des accords qui réglèrent le différend sans pour autant liquider le contentieux existant entre les commerçants algériens touchés par ce conflit et les Comptoirs français. Ces commerçants présentèrent leurs doléances au bey qui les soumit au pacha en épousant leurs arguments. Mal lui en prit. Ahmed Pacha, furieux, dépêcha à Qacentina des chaouchs chargés de lui infliger mille coups de bâton et de le décapiter ensuite. Torturé jusqu'à la dernière extrémité pour avouer la cache de ses trésors, il mourut dans d'atroces souffrances sans en exprimer le moindre aveu. Sa femme, Deïkha fille de Hassan Bou Hanek Bey, subit le même sort et mourut dans les mêmes conditions. La perte de cette femme fut pleurée de tous ceux qui la connaissaient. Elle était réputée pour son énergie et sa sagesse. Elle servit beaucoup son mari, par ses conseils judicieux, dans ses rapports aussi bien avec les Turcs qu'avec la bourgeoisie constantinoise et les cheikhs. Les membres du makhzen, eux mêmes, n'hésitaient pas à la consulter sur des problèmes épineux auxquels elle proposait souvent des solutions heureuses.

Il fut remplacé par Hossein fils de Salah Bey, en décembre 1806.

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