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Hossein Ben Salah Bey (1806 - 1807)

pont suspenduIl était encore jeune quand il fut désigné à ce poste. Sans expérience, élevé par sa mère en dehors des affaires politiques après la mort tragique de son père Salah Bey, Hossein dû cette promotion à la protection active du vieux Ben Djelloul et des anciens amis du père demeurés influents à Alger. Considérant la condamnation de leur ami comme une injustice, ils voulurent la réparer en élevant son fils à la dignité de bey. Ahmed Pacha accueillit leur démarche avec bienveillance et consentit à leur désir moyennant une forte somme d'argent qui lui fut versée par Ben Djelloul lui même. Mais Hossein Bey était Kulughli, il fallait donc agir avec circonspection pour ne point heurter la susceptibilité des Turcs d'origine et les janissaires réfractaires, par principe, à ce genre de choix. On lui conseilla de faire appel, non seulement à des personnalités rompues aux routines administratives pour la gestion des affaires courantes, mais aussi aux vieux Turcs connus pour leur sagesse et leur expérience dans les affaires politiques. Son makhzen fut par conséquent minutieusement choisi. Il prit comme bach kateb, un fils de Ben Djelloul et comme Khalifa un Turc constantinois.

A cette époque, le gouvernement central traversait une période difficile avec les soulèvements internes et les problèmes internationaux. Le plus urgent était celui de Tunis qui le privait de certaines ressources. Le dey chargea Hossein Bey de préparer une expédition contre la Tunisie. Pendant qu'on s'activait aux préparatifs, Hossein Bey fit venir à Dar el bey tous ses vassaux (des djouads) auxquels il confirma titres et privilèges et desquels il obtint aide et soutien. Aux chefs de zoui et confréries religieuses il en fit de même pour les mêmes motifs.

Tout en conduisant à bien ces préparatifs de guerre il espérait grâce à des négociations éviter l'affrontement avec le bey de Tunis. Il lui adressa, secrètement, deux émissaires : Hadj Amar Ben Zegouta et Hadj Ben Mamâ, chargés de trouver aux différends une solution honorable pour tous. Mais le bey de Tunis était déjà en route, et ses troupes commandées par Soliman Kahiya et Saheb Tabaâ, guidés par Ingliz Bey et son fils Ali, approchaient des frontières.

Quand les sentinelles tunisiennes conduisirent ces émissaires auprès de leur chef, Ingliz Bey intervint mais sans succès auprès du kaïd tunisien pour les empêcher de rencontrer Hamouda Pacha. Ce dernier les accueillit avec bonté, leur rendit les honneurs dus à leur rang et les confia aux bons soins de ses officiers. Il les retint dans cette sorte de captivité dorée pendant six mois, sans rien conclure, Isolés de tout contact extérieur, ils suivirent la marche des troupes sans pouvoir ni se plaindre, ni fuir. L'armée tunisienne progressa à petites étapes sans rencontrer de résistance jusqu'aux abords de Qacentina, suivie d'une foule de volontaires plus ou moins armés, avides beaucoup plus de rapines que de gloire, et, toute la tribu des Dreïd tunisiens avec femmes, enfants, troupeaux amenée en vue de l'implanter dans la région.

Hossein Bey se porta en hâte au devant eux aux environs de l'Oued Bou El Beraghet à Cinq kilomètres environ de Qacentina, et engagea le combat. Inexpérimenté en la matière, ses goumiers peu décidés, il subit une défaite écrasante. Le gros de ses troupes dispersé, il prit la fuite suivi d'une escorte en direction de Djemila d'où il regagna les Righa non loin de Sétif. Hamouda Pacha le poursuivit pendant quelques temps, puis, revint mettre le siège devant Qacentina.

Pendant trente jours et trente nuits, les batteries tunisiennes, disposées sur les hauteurs de Mansourah et Sidi Mabrouk, ne cessèrent de battre les murs en brèche et de lancer leurs obus sur la ville. Les assauts dirigés sur Bab El Oued et Tabia furent repoussés avec succès. En dépit des ruines qui s'amoncelaient dans tous les quartiers, la population, quoique ne disposant que de deux canons, tint bon et sans la moindre défaillance.

Le trentième jour de siège, les guetteurs virent, avec surprise, au fond, dans la plaine du Hamma, les Dreïd décamper et pousser avec hâte leurs troupeaux. Quelques temps après on aperçut au loin dans la région de Smendou un nuage de poussière indiquant qu'une troupe nombreuse approchait. Il apparut, plus tard, qu'il s'agissait des troupes amies venues d'Alger via Annaba, les unes par mer les autres par voie terrestre. En effet, Ahmed Pacha apprenant coup sur coup la marche de Hamouda Pacha sur Constantine, l'échec de Hossein Bey et la menace qui pesait sur l'Est algérien, firent suspendre les hostilités avec les Flissa pour diriger toutes ses forces contre les troupes tunisiennes,

Deux corps de troupes : l'un composé de troupes locales, commandé par Mokrani ; l'autre de janissaires, commandé par le bach agha Hadj Ali, se portèrent sur les lieux investis par l'ennemi. La bataille décisive se déroula sur les bords de Bou Merzoug. La lutte dura de longues heures sans que la victoire ne fût décisive ni pour l'un ni pour l'autre. Subitement on remarqua un fléchissement des janissaires tunisiens, puis une retraite désordonnée dans leurs rangs. C'était Soliman Kahiya qui avait ordonné un repli vers une position plus stratégique à ses hommes, mais n'ayant pas été compris de tous, certains de ses hommes avaient compris à une retraite, et la panique s'en suivit, Les troupes algériennes en profitèrent pour gagner du terrain et s'emparer de nouvelles positions.

Hamouda Pacha, à la tête de ses spahis réussit à ramener les fuyards et à rétablir la situation. Les combats cessèrent à la tombée de la nuit. Au lever du jour, on ne remarqua plus, dans le camp adverse que les nomades et leurs familles désemparés au milieu de leurs bagages et leurs troupeaux qui cherchaient à se frayer un passage au milieu des tentes oubliées.

Hamouda Pacha, suivant les conseils de son général avait décampé la nuit et pris la fuite (1). Pendant que ce dernier regagnait la Tunisie poursuivi par des cavaliers Hanencha, Heracta et Douaouda, le bach agha Hadj Ali, Hossein Bey et leurs principaux officiers faisaient leur entrée solennelle à Qacentina au milieu des acclamations joyeuses de la foule. Le bach agha Hadj Ali adressa aussitôt à Ahmed Pacha des courtiers lui annonçant à la fois la victoire et son désir de porter la guerre sur les territoires ennemis.

(1)Pendant le siège de Constantine Ingliz-Bey et son fils, profitant de la nuit, allèrent jusqu'à la Zaouïa de Sidi Saïd sur le coudiat Ali de laquelle ils retirèrent le trésor qu'ils avaient caché avant de partir en exil. Après la déroute de l'armée tunisienne, ils retourneront auprès de Hamouda Pacha. Celui ci ne voulut plus les voir, les accusant de l'avoir dupé non seulement sur leur propre influence à Constantine, mais aussi sur les forces algériennes. Le fils Ali, dit-on se suicida ; et le père Ingliz Bey vécut loin de la cour, ignoré de la plupart des Turcs. C.L. Féraud - R.A., 1863, p. 90.

Ahmed Pacha encouragea cette initiative en lui envoyant des renforts. Les préparatifs terminés, les contingents : cavaliers et fantassins des feudataires en place, l'armée reçut l'ordre de départ. Arrivés un peu avant le Kef, sur les bords de l'Oued Serrat affluent de l'Oued Mellag, ils se heurtèrent aux troupes tunisiennes établies en deux camps défensifs, mais assez distants l'un de l'autre.

L'un des camps surpris par une attaque brusque, fut enlevé rapidement. Au lieu de poursuivre les fuyards et de s'attaquer à l'autre camp, les soldats algériens perdirent le temps à se disputer les dépouilles et les tentes des vaincus. Soliman Kahiya, en profita pour lancer une contre offensive qui dissémina en peu de temps les troupes algériennes, La panique s'empara de tous, Hossein Bey suivit les fuyards alors que le bach agha et son carré de Turcs luttaient désespérément. Ils ne réussirent à se dégager de l'étreinte ennemie qu'après de lourdes pertes. Peu de ses hommes arrivèrent sains et saufs à Qacentina. De là, il fit un compte rendu au dey des péripéties de la bataille, accusant Hossein Bey d'avoir suivi au plus fort de la bataille les chefs de goums : Bach Serradj, le kaïd des Heracta, Mustapha Ben Achour cheikh des Ferdjioua dans leur défection acquise à prix d'or par l'ennemi (2).

(2) En 1807, Alger était en guerre avec Tunis. Mustapha, fils de Derradji Ben Achour était alors cheikh du Ferdjioua, et avec ses contingents il s'était joint à l'armée algérienne envoyée sur la frontière. Pendant le combat contre les Tunisiens, il reprit la fuite et amena la défection de la plupart des goums auxiliaires ; dès lors la défaite des Algériens devint désastreuse. On assure que Mustapha s'était laissé gagner par une grosse somme d'argent que lui fit remettre le chef tunisien afin qu'il tourna casaque au moment où les deux armées en viendraient aux mains. R.A. Notes Historiques sur la province de Constantine : Ferdjioua et Zouagha, p. 13, 1878.
Voir aussi « Histoire des Beys de Constantine. R.A. – 3eme année, p. 369. Par Vayssettes

A la lecture de ce rapport, le dey ordonna l’exécution capitale des coupables. Mustapha Ben Achour réussit à fuir ; Bach Serradj et le kaïd des Heracta furent décapités, Hossein Bey étranglé. Ainsi mourut Hossein Bey à la fleur de l'âge sans laisser de descendance. Ali fils de Baba Ali, kaïd de Sébaou lui succéda au moins d'août 1807.

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