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Ahmed Bey Ben Abdallah El Memlouk (août 1820-juin 1822)

passerelle des gorgesIl reprit, pour la deuxième fois le commandement du beylik de l'Est. Le lendemain de sa prise de pouvoir il déclencha des représailles en l'encontre de ceux qui avaient de près ou de loin participé à sa précédente destitution. Barbar Ali et son beau frère Ahmed Ben Noua furent jetés en prison d'où ils n'en sortirent qu'après avoir payé une forte rançon et pour quitter Qacentina à destination de Médéa ; Mahmoud Tchaker fut remplacé par Amine Khodja et une partie de ses biens versés au Trésor. Dès lors la composition de son makhzen fut comme suit : Amine Khodja, Khalifa ; Ahmed Ben El Hamlaoui, agha deïra ; Abdallah Zekri, bach seiyar ; Ali Bel Hadj Rabah, bach serradj ; Hadj Abderrahmane Ben Naâmoun, bach kateb ; Mostefa Labied, kaïd dar ; Brahem Critli, kaïd el ouissi ; Ferhat Ben Sahnoun, kaïd zemala.

Quelques jours après son installation, Ferhat Ben Saïd se présenta à lui revêtu du burnous d'investiture qu'il avait reçu de ses propres mains pour rappeler, en présence de tout le medjlès, sa promesse de le soutenir contre Mohamed Ben Djellab sultan de Touggourt.

Ahmed Bey El Mamlouk le tranquillisa et le renvoya dans ses terres en lui recommandant de rassembler ses partisans pour une campagne prochaine.

Le bey s'attaqua aux Nememcha, puis aux Henencha. Les chefs de ces derniers, invités à une diffa de réconciliation furent tous assassinés à l'exception de cheikh El Hasnaoui qui réussit à s'enfuir. Il se porta ensuite contre Righa, les Babor, Bou Selam.

De retour dans sa capitale, et dès que la saison parut favorable et que tout fut prêt, le bey partit en expédition dans le Sud comme promis à Ferhat Ben Saïd.

Il passa par Lichama et Tolga où il laissa son arrière garde sous le commandement de son khalifa. Ses troupes, grossies des goums de cheikh el Arab Bou Okkaz, et de ceux de Ferhat Ben Saïd, atteignirent en plusieurs étapes les oasis de Touggourt, non sans difficultés, il est vrai, du fait du vide crée partout par les populations nomades qui s’étaient retirées en des régions inaccessibles. Cette tactique leur fut dictée par le sultan Mohamed afin d'infliger à l’ennemi des souffrances de fatigue et de privations qui l'affaibliraient. Le bey et ses cheikhs avaient prévu cette éventualité en prenant le maximum de précautions pour traverser ces régions désertiques où l'eau est rare et les vivres sont précieux. Aussi quand ils arrivèrent aux abords de Touggourt, à Mégrine, rien ne les empêcha de s'y établir et de préparer leur plan de bataille pour le lendemain. Le bey, précédé de ses chaouchs et de la musique militaire, poussa une reconnaissance sous les murs de la ville, entouré de ses officiers et de ses feudataires. Il faillit même être touché par une balle qui chuta à quelques pas de lui tellement il était proche des fortifications qu'il voulait lui même examiner.

Une fois rentré au camp, il ordonna à ses soldats de dévaster tous les jardins environnants. Il offrit un réal bacéta pour chaque palmier abattu. A l'heure de la prière de l'aâcer, il y avait plus de deux cents palmiers couchés sur le sol. Ces dégâts et ceux qui s'amoncelaient dans tous les quartiers bombardés de la cité effrayèrent le sultan et son entourage. Son Conseil lui suggéra de tenter auprès du bey un arrangement honorable. Ben Djari, cheikh de la zaouïa, fut désigné à cette délicate mission. Ben Djari était réputé pour sa dialectique, son savoir et ses arguments persuasifs aux conseils, aussi ne tarda t il pas à revenir avec la promesse d'une trêve si on consentait à verser au bey une somme de cent mille bacétas et quelques centaines de moutons à la milice. Cette formalité accomplie, tout rentra dans l'ordre. Il ramena dit Vayssettes : des autruches, des gazelles, des fechtal jusqu'à de jeunes paons, des dromadaires, des chevaux harnachés d'or et d'argent. Le cortège, quand il arriva à Qacentina s'étendait depuis Sidi Saïd Sefraoui jusqu'à Dar El Bey.

On célébra cet événement dans des réjouissances qui durèrent trois jours et trois nuits. Le butin ayant été réparti selon la coutume, le makhzen se remit au travail. A la suite de rapports fournis par ses services, Ferhat Ben Merad et Khaled furent exécutés. Il réhabilita les Ben Zekri qu'il dédommagea des pertes subies lors de leur disgrâce, mais ceux ci en profitèrent pour extorquer sans pitié les biens de leurs administrés, et leur rapacité ne connut point de bornes jusqu'au jour où de nouvelles dispositions les mirent hors d'état de nuire. Le bey accorda aussi ses faveurs à Mansour Bellili en le nommant bach mekaheli ; celui ci, à son tour, exploita sa nouvelle position pour se livrer à diverses spéculations qui grossirent rapidement sa fortune.

Mahmoud Tchaker redevint Khalifa, et à ce titre, il s'attaqua aux Ouled Brahem de la tribu des Oundaïa, en compagnie d'une vingtaine de janissaires de ses amis. Lorsqu'ils arrivèrent sur les lieux, Mahmoud Tchaker fit convoquer quarante personnes auxquelles il fit honneur en les recevant dans sa tente. Le soir venu, elles furent réparties dans les tentes des janissaires pour y passer la nuit. Dès l'aube, on les fit sortir pieds et poings liés, et rangés sur une seule file, elles furent toutes décapitées. Ce crime souleva l'indignation de tout le monde que le bey fut obligé de signaler au dey. Celui ci ordonna la destitution du coupable sans plus ; il fut remplacé par kaïd Sliman.

Ahmed Bey El Mamlouk avait remporté une victoire à Touggourt, on s'en souvient, mais elle ne répondait pas à la promesse qu'il avait faite à Ferhat Ben Saïd puisqu'il avait traité avec Mohamed et l'avait laissé en place. Ferhat, déçu, avait quitté le camp sans même saluer le bey et son makhzen. Il tenta, auparavant, de faire détacher son oncle de cette alliance sans profit réel pour la famille. Mais son oncle, obéissant à d'autres considérations, refusa de le suivre. Il s'en suivit entre eux des échanges de mots qui les brouillèrent définitivement (1).

(1) L'attitude de Debbah Bou Okkaz (selon la Chronique recueillie par C.L. Féraud (R.A. juillet 1880 p. 294), fut, dit on, dictée par son épouse Kamira qui voulait favoriser ses enfants à la succession de leur père au détriment de Ferhat et ses enfants plus entreprenants.
Kamira suivait son mari pendant l'expédition contre Touggourt, et d'étape en étape, elle préparait, par ses intrigues, le résultat de la campagne, c'est â dire un échec pour Ferhat.
«Les émissaires, ajoute le chroniqueur, entre elle et le sultan Mohamed se succédaient ; ses démarches actives amenèrent enfin l’arrangement dont Il est parle plus haut. Mais Ferhat, au caractère bouillant, déçu pour la deuxième fois dans ses espérances, n'ignorait pas d'où partaient les coups qui le frappaient. Après une violente altercation avec son oncle Debbah, Il s'éloigna du camp devant Touggourt avec les Troud et un certain nombre de nomades, ses partisans, et se retira au Souf sans avoir pris Congé du bey … ».
« A la mort du cheikh El Arab Debbah, son neveu Ferhat Bon Saïd lui succéda en dépit des manoeuvres de Kamira. Il reprit ainsi sans partage l'autorité suprême que tous ses ancêtres avaient exercée de père en fils dans le Sahara... ».

« A Touggourt, Mohamed mort, ses quatre fils se disputeront la succession ; Ameur, Ahmed, Ibrahim et Ali. Ce fut Ameur qui prit le pouvoir en faisant enfermer à la Casbah a" intime frères, Mais Ahmed, le cadet, réussit à s'enfuir. Par de nombreuses protestations d'amitié, Ameur parvint à le ramener auprès de lui. Il le fit alors mourir dans d'atroces souffrances ».

« La ville de Temacin s'insurgea contre le sultan. Grâce à l'appui qu'elle reçut des gens de Souf et de Guemar, elle résiste vaillamment aux attaques de Ameur ».
« Rentré à Touggourt, Ameur tomba malade et mourut d'un anthrax, suppose- t- on. Son frère Ibrahim devenu libre remonta sur le trône... ».

Ferhat Ben Saïd se retira dans le Souf à El Oued, et, deux mois après quand il apprit que le bey avait des problèmes aux frontières et qu'il ne pouvait intervenir, il s'attaqua aux tribus appartenant au clan de son oncle. Il enleva plus de quatre cents chameaux et plusieurs centaines de moutons aux Ouled El Bahar. Il fit interdire ensuite tous les chemins menant vers le Nord et le Sud pour couper Touggourt de toute communication avec ses alliés.

Quoique, mis au courant de ces représailles, Ahmed El Mamlouk ne put intervenir, il était tenu de demeurer à son poste en raison de nouvelles complications dans les relations entre Alger et Tunis qui nécessiteraient d'un moment à l'autre, la mobilisation de toutes ses forces. En effet, malgré le traité intervenu en 1817, entre le dey d'Alger Ali Khodja et le bey de Tunis Mourad Bey, des incidents de frontière et des captures de vaisseaux tunisiens par des raïs algériens, avaient tendu à l'extrême les relations entre les deux puissances. Des deux côtés, on se préparait à la guerre lorsqu'une intervention de La Porte empêcha le conflit de dégénérer en lutte sanglante, Un nouveau traité, réglant les litiges pendants fut enfin signé le 14 mars 1821. Cette intervention de La Porte s'expliquait d'autant mieux qu'à ce moment le sultan avait à lutter contre l'insurrection grecque soutenue par des puissances européennes, et avait besoin de toutes ses forces pour y faire face (2).

(2) Depuis quelques années, les Tsars, se disant les héritiers des anciens empereurs byzantins, revendiquaient tels détroits (Bosphore et les Dardanelles] pour accéder en méditerranée ; Ils voulaient aussi le Caucase et l'Arménie ; l'Autriche convoitait la Serbie et même la Macédoine. Une société secrète, « l'hétairie », fut créée pour préparer un soulèvement en Grèce. Elle avait pour chef un des aides de camp du Tsar nommé Ypsilanti. Le pacha de l’empire, Ali de Jannina, poussé par les Grecs se souleva. Quand le sultan Mahmoud marcha centre lui, la résistance Grecque déclencha des soulèvements en Morée et dans les provinces roumaines. Tandis que dans ces dernières échouaient dans leur tentative, en Morée, les insurgés proclamèrent l’indépendance de la Grèce en 1822.

La guerre fit des ravages de part et d'autre. Le sultan Mahmoud fit appel à Mohamed Ali, pacha d’Egypte. Le Morée, Missolonghi, Athènes furent reprises. La Grèce entière était sur le point de tomber sous la domination turque, quand les puissances européennes se mêlèrent. Par le traité de Londres (1827), la France, I'Angleterre et la Russie devaient obliger le sultan à accorder l'indépendance à la Grèce. La flotte turque fut battue à Navarin (octobre 1827). Les Russes occupèrent Andrinople (1829). De là, la Turquie admis que la Grèce devint un état indépendant ; la Serbie, la Moldavie et la Valachie devinrent des états vassaux sous des gouvernements nationaux. Les Russes eurent deux ports sur la Mer Noire et le Delta du Danube, et le passage en Méditerranée (traite d'Andrinople 1829) Malet. Esaac Histoire contemporaine, p. 372... Chap. La Question d'Orient.

Dès que ses contingents rejoignirent l'armée du bey à destination du Levant, Ahmed El Mamlouk reprit son projet d'abattre d'une manière définitive Ferhat Ben Saïd qui l'avait "offensé" en quittant son camp sans l'avoir salué et de s'être attaqué à ses alliés. Il avait oublié qu'il avait perçu une forte somme pour prix de son soutien, promesse qu'il n'avait pas tenue.

Le bey s'attaqua à El Oued, siège principal de son ennemi. La ville, prise d'assaut, fut livrée au pillage, Un butin immense fut constitué au cours de cette campagne. L'or et l'argent, les étoffes et les tapis, le beurre et la viande sèche, les dattes et les céréales constituèrent les principales charges des caravanes acheminées vers Qacentina.

A son retour le bey repassa par Touggourt. Mohamed Ben Djellab, craignant que sa Ville ne subît le même sort, alla au devant de lui, et lui offrit non seulement le tribut auquel il était tenu, mais aussi des présents d'une grande valeur.

Pendant que le bey rentrait triomphalement dans sa capitale, Ferhat Ben Saïd que le désastre d'El Oued avait rejeté au fond du désert, du côté de Ghadamès, rassemblait de nouvelles forces prêtes à reprendre la 1utte. Il remonta vers le Nord et se livra à des razzias à travers toutes les oasis dépendant du sultan de Touggourt (fin 1821).

Au début de l'année 1822, Ahmed Bey El Mamlouk fit une sortie contre les Amamra dans les Aurès. Mais, il fut repoussé partout et obligé de rebrousser chemin. En cours de route son cheval ayant fait une chute, il se brisa une jambe dont il souffrit jusqu'à Qacentina.

En juin, il partit à Alger verser lui même le denouche. A Kareb, sa troisième étape, son camp fut entièrement détruit par une tempête, il dut attendre quelques jours que des approvisionnements et d'autres tentes lui fussent parvenues de Qacentina. A Médjana, il reçut un accueil des plus grandioses par les Mokrani, mais, il fut encore blessé au bras par une balle perdue tirée au cours de la fantasia organisée en son honneur.

Il arriva enfin à Alger où il accomplit les formalités d'usage pour le versement du denouche. Le huitième jour au moment où il s'apprêtait à repartir deux chaouchs vinrent l'arrêter pour l'acheminer à Mazouna où il fut incarcéré. Il y termina ses jours.

Il fut remplacé par Brahem Ben Ali El Critli.

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